L’événement
La presse met les candidats à la présidentielle sur le grill
A quelques mois de l’échéance, l’exercice auquel se sont soumis, le 14 octobre à Paris, certains candidats (ou leurs représentants) à l’élection présidentielle, auditionnés sur leur vision de la presse, du journalisme, et des pistes pour en améliorer la situation, a permis d’y voir un peu plus clair sur les positions de chacun. Imaginée par l’Alliance de la presse d’information générale, cette soirée d’échanges ne s’est pas limitée à des déclarations générales sur l’importance de la presse et la défense d’une information libre et indépendante pour le bon fonctionnement d’une démocratie. Gabriel Ettal (Renaissance), Boris Vallaud (au nom de Raphaël Glucksmann), Bruno Retailleau (les Républicains), Manuel Bompard (au nom de Jean-Luc Mélenchon), Philippe Ballard (au nom de Marine Le Pen) et Edouard Philippe (Horizons) ont dû se positionner sur des dossiers précis comme les aides à la presse, le désengagement de la Poste, les propositions de loi Darcos et Balanant, la concentration des médias, le partage de la valeur avec les plateformes, l’IA ou le fléchage des investissements publicitaires vers la presse. Etat des lieux.
Les aides à la presse
En dehors du Rassemblement national, qui prévoit de les supprimer en cinq ans, il s’est dégagé un consensus pour les conserver. Il faut « les défendre », selon Gabriel Attal, ou « les maintenir, les soutenir, ou les réorienter », pour Boris Vallaud. Sans vouloir les toucher, Bruno Retailleau estime qu’elles ne suffisent pas et qu’il faut imaginer d’autres dispositifs. Manuel Bompard souhaite de son côté une refonte du système : « il faut pérenniser le soutien public à la presse mais en le conditionnant à des règles, en le critérisant, en le précisant, en le liant à des modalités de gouvernance ». Edouard Philippe, enfin, ne veut pas baisser les aides à la presse, mais suggère de « trouver un nouveau modèle économique ».
Sur la distribution, la volonté des patrons de quotidiens nationaux et régionaux de tordre le bras à la Poste au nom d’une mission de service public n’a pas eu un franc succès. Gabriel Attal et Bruno Retailleau conviennent qu’il est temps de négocier un nouveau contrat pluriannuel entre la presse, la Poste et l’Etat, mais aucun intervenant n’est allé plus loin.
Le partage de la valeur avec les plateformes
Après avoir reconnu que le pillage des contenus de la presse par les plateformes numériques d’une part, et les modèles d’intelligence artificielle d’autre part, n’était pas acceptable, les hommes politiques auditionnés ont à peu près tous estimé que la solution passait par la régulation et par la loi, d’abord au niveau européen, puis à l’échelon français, comme cela a été le cas en 2019 sur les droits voisins. Bien conscients que ces procédures demandent beaucoup de temps, quand les éditeurs de presse sont pressés, un consensus s’est largement dessiné pour un vote rapide des propositions de loi Darcos et Balanant, qui portent l’une sur la présomption d’utilisation des contenus par les acteurs de l’IA, l’autre sur un renforcement de l’effectivité des droits voisins en obligeant les plateformes à transmettre leurs données sur la consommation des articles. Pour Edouard Philippe, il est possible d’imaginer un dispositif de financement sur le modèle des mécanismes de soutien à l’exception culturelle qui ont permis de préserver le cinéma et l’audiovisuel. « Il est essentiel que la valeur créée par certains puissent être justement respectée et rémunérée, a-t-il dit. On peut considérer qu’il y a une vertu républicaine à l’existence d’un débat public intermédié, intense, informé, éclairé, et qu’il y a une nécessité à trouver des financements qui viennent garantir la réalité de ce débat ». Mais attention, si l’objectif est de boucler les votes avant la fin de l’année, à ne pas repartir dans des navettes entre le Sénat et l’Assemblée nationale, prévient Bruno Retailleau.
Un espoir autour de la restitution des amendes
Conscient que le recours aux finances publiques est compliqué dans la conjoncture actuelle, les éditeurs de presse ont trouvé « une solution qui ne coûte rien à l’Etat, mais pourrait rapporter gros à la presse », rappelle Michèle Benbunan, directrice générale du pôle presse de LVMH. Il s’agit du produit des amendes, payées par les plateformes suite aux actions en justice menées par les groupes de presse, dont les montants (un peu moins d’un milliard d’euros jusque-là) ont été affectés directement au budget de l’Etat. « C’est anormal, estime-t-elle, puisque ces amendes concernent des manquements au respect de la loi suite au pillage de nos contenus ». « Le produit des amendes doit revenir aux producteurs d’information », a convenu Boris Vallaud. Plus nuancé, Edouard Philippe a reconnu que l’idée « n’est pas totalement absurde » et qu’elle « ne le choque pas totalement ». Du moins pour une partie de la somme. Bruno Retailleau a même évoqué une possibilité technique, puisqu’il a pu utiliser, quand il était ministre de l’Intérieur, une partie des saisies des narco-trafiquants, pour équiper gendarmes et policiers. Il faudra quand même réussir à l’imposer au ministère des Finances. Ce qui n’est pas gagné.
De même, l’idée de flécher obligatoirement une part des investissements publicitaires des annonceurs vers la presse a suscité de l’intérêt chez les candidats, ou leurs représentants. « Une proposition pertinente » pour Manuel Bompard par exemple.
Didier Falcand




