L’événement
« Le journalisme a plus que jamais une fonction sociétale, une utilité sociale »
La 19ème édition des Assises du journalisme a lieu la semaine prochaine, du 7 au 11 avril, à Tours, autour de la thématique (En)quête de vérité. « Elle s’est imposée d’elle-même », nous explique son fondateur, Jérôme Bouvier, président de l’association Journalisme et citoyenneté, pour qui la profession « n’est pas loin d’un mouvement de bascule. A l’heure où certains parlent de post-vérité, de vérité alternative et de fake news, le journalisme a plus que jamais une fonction sociétale, une utilité sociale ». Entretien.
Les Clés de la presse. Comment avez-vous choisi la vérité comme thématique principale de cette nouvelle édition ?
Jérôme Bouvier. Elle s’est imposée d’elle-même par le contexte actuel, en France comme à l’international. Après nous être centré sur le goût de l’info, le sport et les faits divers lors des trois dernières éditions, cette quête de vérité nous semble au cœur des enjeux démocratiques. A l’heure où certains parlent de post-vérité, de vérité alternative et de fake news, le journalisme a plus que jamais une fonction sociétale, une utilité sociale. Il est donc nécessaire de questionner son rôle et ses missions : s’il est celui qui doit témoigner de la réalité des faits, cela devient difficile quand celle-ci est remise en cause sur ses fondamentaux.
J’ai l’impression d’entendre un véritable cri d’alarme…
J.B. C’est le cas, et c’est le rôle de ces Assises du journalisme. L’édition 2025 se veut lanceur d’alerte. Si nous ne réagissons pas collectivement, si nous ne dessinons pas ensemble un chemin d’équilibre, alors nous sommes en grand danger, car nous ne sommes pas loin d’un mouvement de bascule : quand la profession travaille pour retrouver la confiance des citoyens, en s’appuyant sur la vérification des faits et une volonté de démêler le vrai du faux, d’autres remettent tout en cause. Nous vivons dans une société de plus en plus métastasée par cette question, et le débat devient compliqué. Il est donc essentiel de trouver et d’apporter des réponses collectives. C’est l’ambition des Assises cette année.
Comment cette volonté de traduit-elle dans la programmation ?
J.B. Comme chaque année, nous investissons massivement dans l’éducation aux médias et à l’information en accueillant 1800 collégiens et lycéens, ce qui exige une sacrée logistique et de gros moyens. Plus globalement, si la question de l’importance de l’éducation aux médias fait consensus, comme nous avons pu le voir lors des derniers Etats généraux, elle manque cruellement de moyens pour s’imposer à l’école.
Nous allons aussi nous interroger sur l’impact de l’intelligence artificielle, avec l’exemple de la photographie qui constituait jusque-là la preuve de la réalité d’un fait. Aujourd’hui, avec l’IA et ses possibilités de truquage, la photo devient une source de doute. Cela mérite réflexion. De même, nous allons poursuivre le dialogue entre les journalistes et les producteurs de contenus, autrement dit les influenceurs, car les Assises sont un lieu d’échanges essentiel pour la profession.
Ce sont aussi ces échanges que vous recherchez lors de vos grands débats.
J.B. Tout à fait. Cette année, l’Agora, ce temps fort de la semaine qui permet de confronter les points de vue sans les antagoniser et de dégager des solutions et des conseils pour la profession, sera consacrée au journalisme face à la guerre informationnelle. Le mercredi soir, nous avons aussi imaginé un programme plus rigolo : un procès, dans le cadre du palais de justice de Tours, sur le thème de la labellisation de l’information, avec un procureur (Etienne Gernelle, du Point), un président de séance (Dominique Verdeilhan, chroniqueur judiciaire sur France 2), un prévenu (Benjamin Sabbah, le directeur de la Journalism trust initiative), un avocat de la défense (Thibaut Brutin, de RSF), des témoins, des experts et un jury populaire, qui rendra son verdict à la fin.
Propos recueillis par Didier Falcand




