L’événement
« L’éducation aux médias et à l’information est un enjeu de citoyenneté et de démocratie »
La 37ème édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’école se déroule du 23 au 28 mars. Organisé par le Clemi, cet événement, qui concerne 3 millions d’élèves, plus de 290 000 enseignants et plus de 840 partenaires médias, associatifs et institutionnels, est l’occasion chaque année, pour de nombreux élèves, de découvrir l’univers des médias, de la presse, du numérique et d’en comprendre les enjeux culturels et démocratiques. « Le dispositif participe pleinement au parcours citoyen inscrit dans le projet global de formation des élèves défini par le socle commun de connaissances, de compétences et de culture », rappelle Serge Barbet, le directeur général du Clemi.
Les Clés de la presse. La Semaine de la presse et des médias dans l’école en est à sa 37ème édition. Peut-on encore se renouveler ?
Serge Barbet. Nous vivons dans un monde qui évolue tellement vite, avec de vraies mutations engendrées par la révolution digitale et l’intelligence artificielle, que l’éducation aux médias est d’autant plus essentielle. Il est important de maintenir la mobilisation de tous les acteurs : les médias bien sûr, mais aussi le monde éducatif, les institutions et les politiques. On voit bien que ces changements ont un impact sur la société et menacent l’équilibre de nos espaces démocratiques, et qu’il est nécessaire de pouvoir accéder à une information fiable, vérifiée, de qualité. La Semaine de la presse et des médias dans l’école est donc plus que jamais essentielle.
Les jeunes vous paraissent-ils conscients de cet enjeu ?
S.B. Bien sûr. La génération actuelle est née à l’ère digitale, mais notre rôle, dans ce désordre informationnel, est d’accompagner les enfants et les jeunes. Il faut leur faire comprendre que l’outil conditionne les modes de pensée, que l’information peut être déformée et devenir une arme qui se retourne contre eux, et que la propagande, ou l’embrigadement, existent. Ils en sont conscients, mais ils ont besoin d’un apprentissage dans la façon de s’informer.
C’est l’un des objectifs de cette Semaine de la presse et des médias dans l’école. Aujourd’hui, l’information se décline sur tous les supports et se présente sous une multitude de formats. Pourtant, elle n’a jamais été aussi diluée et difficile à identifier, dans le flux de contenus auquel nous sommes tous confrontés. Le thème de cette année (Où est l’info ?) permet avant tout de revenir sur les fondamentaux de l’éducation aux médias et à l’information. Dans un flux médiatique toujours plus dense, il est essentiel de comprendre quelles sont les sources de l’info, comment elle se construit et d’en analyser les enjeux.
Dans cet univers, les enseignants sont en première ligne. Comment abordent-ils la question ?
S.B. Les enseignants sont confrontés au réel. A l’heure de l’IA, ils se retrouvent devant des collégiens et des lycéens qui se sont totalement appropriés les outils, alors que n’est pas leur cas. Il est donc important de les aider en leurs apportant des outils et des ressources clés en main, et c’est l’un des rôles du Clemi. C’est dans cette optique que nous avons par exemple développé, avec un groupe d’enseignants et de journalistes, un jeu d’éducation aux médias et à l’information, baptisé Classe investigation. Le principe : les élèves sont plongés dans une enquête journalistique immersive. Par groupe de deux, ils doivent retranscrire les informations qu’ils découvrent via texte, audio et vidéo, pour produire un contenu journalistique, au format print ou numérique. À l’issue du jeu, ils peuvent comparer leur travail avec celui de journalistes professionnels. Les différents scénarios permettent de travailler sur la façon dont l’information se fabrique : hiérarchie de l’information, choix des sources, responsabilité du journaliste, contraintes du métier…
Les enseignants sont-ils suffisamment formés à l’éducation aux médias et à l’information ?
S.B. Vous avez raison, ce n’est pas suffisant. Il faut injecter davantage de connaissance des médias et de l’économie de l’information dans la formation des enseignants, il faut sensibiliser l’ensemble des enseignants sur la valeur de l’information, le fonctionnement des médias et les enjeux du futur. Le défi est immense mais nécessaire si nous voulons former des citoyens actifs, qui maîtrisent les codes de l’information. C’est un enjeu de citoyenneté et de démocratie.
Propos recueillis par Didier Falcand




