L’événement
Déjà rentable sur le papier, le Gorafi planche sur l’étape d’après
Quatre mois après le lancement de son édition papier, Sébastien Liébus, le cofondateur du site satirique le Gorafi, dresse un premier bilan positif. Invité le 2 juillet par l’Uniic, dans le cadre d’une matinée sur « le retour du print à l’ère de l’IA » organisée sur le salon All for content, il a rappelé la génèse du projet et les perspectives de croissance. « Un premier point d’étape sera réalisé début septembre, après six mois d’exploitation, mais nous sommes déjà rentables, assure-t-il. Et plusieurs pistes de développement commencent à se dégager ». Explications.
Une inspiration américaine
C’est en allant voir à Chicago, en novembre dernier, son grand frère américain (The Onion), qui avait arrêté le papier en 2015 avant de le relancer après le Covid sous l’impulsion d’un nouveau propriétaire, que Sébastien Liébus a été convaincu. Depuis son rachat par DC Company, le Gorafi cherchait de nouvelles sources de revenu pour retrouver le chemin de la croissance, et The Onion a réussi le pari du papier en séduisant plus de 60 000 abonnés. « Après 14 ans d’existence, il était temps de se réinventer et de passer à la vitesse supérieure, reconnaît-il, et le papier permet de proposer une offre différente, mais complémentaire ». Le journal offre aux lecteurs un espace où il n’est pas « bombardé de notifications » et répond à un besoin de posséder un objet physique, et même de collectionner : certains acheteurs des derniers numéros ont voulu acquérir les précédents.
Une volonté de s’affranchir des algorithmes
Le passage du Web au papier répond aussi à une nécessité d’échapper à la dépendance aux algorithmes. Depuis le Covid, l’audience du site est en net recul. Chaque mise à jour de Meta fragilise le Gorafi, qui disparait peu à peu des fils d’actualité de ses fidèles, et la modération par IA, qui comprend mal la satire et l’ironie, entraîne des signalements abusifs. « Les algorithmes nous invisibilisent, que ce soit sur Facebook, sur Linked’in ou sur X, souligne Sébastien Liébus. Le papier permet de s’adresser directement au lecteur, sans intermédiaire algorithmique, et de sécuriser notre audience. C’est une forme de souveraineté numérique ». Il permet aussi de proposer une expérience nouvelle aux lecteurs, et de les fidéliser avec des articles 100% inédits.
Le Gorafi profite aussi de l’appartenance à DC Company. L’un de ses actionnaires, la Dépêche du midi, apporte ainsi son expertise, en assurant l’impression et la diffusion du titre. De son côté, le studio de Konbini contribue à la maquette, à la création des fausses publicités et au développement digital de la marque.
De bonnes ventes dès le lancement
Sur le plan des ventes, la tendance est encourageante, avec 3400 abonnés (et un rythme actuel d’une dizaine de nouveaux par jour) et des ventes au numéro en progression. « Le premier numéro avait fait l’objet de retirage de 15 000 exemplaires après un premier tirage de 30 000, rappelle Sébastien Liébus. Si les ventes avaient baissé de 30% au deuxième numéro, elles ont augmenté de 50% dès le numéro 3 ». De quoi imaginer une hausse progressive de la pagination de 16 à 20 pages, voire la création d’un cahier central publicitaire détachable co-créé avec une marque, qui reprendrait la maquette et l’esprit satirique du Gorafi. « Rien n’est acté, précise-t-il, mais des réflexions sont en cours ». Pas question pour autant, pour le moment, d’envisager la publication de « vraies » publicités, « les fausses publicités fonctionnent bien ».
Dans les réflexions figurent également des discussions avec la maison d’édition de Fluide glacial pour imaginer un abonnement croisé commun, ou la création de nouveaux formats vidéo, sur le modèle du Monde, du Figaro ou de l’AFP. Des échanges se poursuivent enfin avec The Onion et d’autres médias satiriques européens pour comparer les bonnes pratiques et envisager des projets communs.
Didier Falcand




