Une tendance passée au crible
L’Arcep alerte sur l’impact de l’IA générative
Un an après avoir annoncé l’ouverture de travaux sur l’intelligence artificielle générative, l’Arcep a profité de la présentation, hier 16 juillet, de son rapport annuel sur l’état de l’Internet en France, pour dresser un premier bilan de son action. Sa présidente, Laure de la Raudière, a surtout lancé un cri d’alarme : à l’heure où les services d’IA générative deviennent progressivement de nouveaux points d’entrée vers l’Internet, « il faut faire en sorte que l’IA générative serve un Internet ouvert et durable, plutôt qu’elle n’accélère son cloisonnement, voire sa privatisation ».
Deux premiers rapports
A l’occasion de la publication de sa stratégie Ambition 2030, l’Arcep avait annoncé l’an dernier l’ouverture de travaux sur l’IA générative. C’est chose faite aujourd’hui via deux premiers rapports « qui éclairent, chacun à leur manière, les mutations profondes à l’œuvre dans le numérique et pour l’avenir de l’Internet », souligne Laure de la Raudière. Le premier porte sur les défis que l’IA générative fait peser sur l’Internet ouvert. Le second analyse son empreinte environnementale. « Ensemble, ils dressent un même constat, explique-t-elle. L’IA générative n’est pas seulement une innovation technologique prometteuse, c’est potentiellement une transformation d’ampleur systémique de l’Internet, qui touche à la circulation de l’information, à l’architecture des marchés numériques, aux conditions d’accès aux contenus. Elle pose également des enjeux quant à sa consommation de ressources, d’énergie et à ses impacts environnementaux, émissions de carbone en tête ».
Un nouveau point d’entrée vers l’Internet
Comme les éditeurs de presse, et les médias en général, ne cessent de le rappeler ces derniers mois, les nouveaux moteurs d’IA générative constituent un danger pour leurs audiences (qui s’effondrent) et accroissent le risque d’invisibilité de leurs contenus. « Il faut redonner de la visibilité à des marques médias dont les actifs ont tendance à être invisibilisés », rappelait la semaine dernière Corinne Mrejen, la présidente du SRI, lors de la présentation des résultats de l’observatoire de l’e-pub. Dans son rapport, l’Arcep confirme la tendance et enfonce le clou : « les services d’IA générative deviennent de nouveaux intermédiaires et jouent le rôle de porte d’entrée vers les contenus et les services en ligne, constate Sandrine Elmi Hersi, cheffe de l’unité Internet ouvert. En sélectionnant, résumant, hiérarchisant ou reformulant les ressources du Web, ils peuvent modifier les conditions d’accès à la diversité des sources, la liberté de choix des utilisateurs et la capacité des innovateurs à proposer de nouveaux services ». Un enjeu économique et sociétal majeur.
Une nécessité d’alimenter le débat public
Devant ce constat, l’Arcep lance un cri d’alarme. Contrairement aux moteurs de recherche, les services d’IA générative ne se contentent plus de renvoyer vers des contenus, via les traditionnels liens hypertextes : ils les résument, les hiérarchisent, les filtrent, parfois les remplacent. « Cette évolution soulève une question centrale, estime Laure de la Raudière : comment préserver la diversité, la visibilité des contenus, la liberté de choix des utilisateurs et l’innovation dans un environnement où quelques intermédiaires peuvent concentrer l’accès aux contenus et aux services ? ».
Fidèle à sa mission d’alerter sur ces enjeux et d’alimenter le débat public, l’Arcep suggère de développer des protocoles ouverts pour les interconnexions entre les fournisseurs d’IA et les autres éditeurs de services, mais aussi de garantir l’interopérabilité, la transparence et des conditions d’accès équitables aux données et ressources essentielles. « Ce rapport annuel est un thermomètre, conclut sa présidente, il nous rappelle que l’Internet est un bien commun fragile, qu’il faut observer et protéger afin que ses transformations bénéficient à tous ».
Chloé Fournier




