Coup de fil à… Jean-Christophe Tortora
« Ce congrès de la Wan-ifra a permis de donner des signaux forts »
Jean-Christophe Tortora, directeur général délégué de CMA média en charge des relations extérieures et du pôle presse, n’a pas ménagé sa peine, ces derniers mois, et lors du congrès de Marseille, pour convaincre les éditeurs, français et internationaux, à se mobiliser pour faire entendre une voix commune face aux géants de l’IA. Si l’annonce de cette coalition ne résout pas tout, « elle correspond à l’idée que je me faisais que Marseille soit un point de départ ».
Les Clés de la presse. Vous venez d’annoncer que CMA média, et 30 éditeurs internationaux et organisations professionnelles, rejoignaient la coalition Spur. Le congrès est-il réussi à vos yeux ?
Jean-Christophe Tortora. Je suis satisfait par rapport à l’objectif initial que je m’étais fixé, de faire en sorte que ce congrès de Marseille ne soit pas une finalité, mais bien un point d’étape. Et c’est le cas. Il fallait renforcer une dynamique collective au moment où les éditeurs voient leurs modèles économiques remis en cause. Et je sais très bien que seul, même avec la puissance d’un groupe comme CMA média, il est impossible de lutter contre les plateformes. Aujourd’hui, il faut changer les règles du jeu. Ce congrès a permis de donner des signaux forts.
Comment en êtes-vous arrivé à vous rapprocher de Spur ?
J-Ch.T. Ma démarche, pour une action collective, était plutôt de nous appuyer sur de l’existant, au lieu de créer quelque chose de nouveau. J’ai regardé un peu partout, et j’ai trouvé que la démarche de Spur, avec cette idée d’avoir une diversité de médias anglo-saxons, publics et privés, et concurrents, était intéressante, et que sa posture vis-à-vis des plateformes correspondait bien à mes attentes, dans une logique plus offensive.
Je me suis donc rapproché d’eux, avec une petite équipe, dont Sipa Ouest France faisait partie, et nous avons profité du congrès, et de la force de frappe de la Wan-ifra, pour mobiliser les éditeurs français et internationaux.
En début d’année, vous aviez évoqué la nécessité d’un new deal réunissant à la fois les plateformes, les gouvernements et les éditeurs. Nous n’en sommes pas encore là.
J-Ch.T. Je ne suis pas d’accord. Cet objectif a été plutôt atteint dans cette édition, avec la venue de la ministre de la Culture (Catherine Pégard), de la vice-présidente exécutive de la commission européenne en charge de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie (Henna Virkkunen), de représentants des plateformes (Open AI, Google) et des éditeurs. Le congrès a même battu ses records de fréquentation avec près de 1400 participants. Dans un moment critique de bascule pour notre industrie, c’est un enjeu existentiel, de pérennité. C’est pour cette raison que les éditeurs sont venus nombreux, avec cette envie de partage et de jouer plus collectif.
N’avez-vous pas été déçu, justement, par les interventions de Catherine Pégard et Henna Virkkunen, qui n’ont pas vraiment répondu à vos interrogations ?
J-Ch.T. Je suis satisfait qu’elles soient venues, c’est un signal. Leurs réponses ne peuvent pas totalement me satisfaire, mais cela donne plus de volonté à peser et constituer cette coalition internationale. Cela nous oblige à être plus offensif. Je suis aussi déçu de ne pas encore avoir convaincu le New York times, qui a donné de la voix lundi, mais il faut aussi qu’il joue collectif. Il est plutôt favorable à la démarche, mais il nous a dit avoir besoin de partager avec ses équipes.
Propos recueillis par Didier Falcand




