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« Cafeyn peut devenir la première base abonnés à du journalisme en Europe »

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« Cafeyn peut devenir la première base abonnés à du journalisme en Europe »

Cafeyn a bouclé, le 1er avril, le rachat, auprès du groupe suédois Bonnier, des activités de Readly hors Scandinavie. Cette opération lui a fait changer de dimension avec un chiffre d’affaires proche de 100 millions d’euros et 2,5 millions d’utilisateurs dans le monde. Son CEO, Laurent Kayser, nous explique ses priorités pour 2026 et les principaux axes de sa feuille de route pour les années à venir. Entretien.

Les Clés de la presse. Vous venez de boucler l’acquisition de Readly. Qu’est-ce que cela change pour Cafeyn ?

Laurent Kayser. Cette opération nous a fait changer de dimension. De champion français, nous sommes devenus la plateforme européenne leader de sa catégorie, incontournable pour les éditeurs. L’acquisition nous assure aussi une taille critique qui nous permet de continuer à financer de l’innovation et des développements technologiques, à l’intérieur du produit, pour aller chercher des audiences plus jeunes et complémentaires, et les fidéliser. Aujourd’hui, la moitié de nos 200 salariés sont des développeurs tech, dont la mission est de créer l’expérience utilisateurs qui correspond à l’usage des plateformes de demain. La taille nous permet aussi de mieux comprendre les attentes, les challenges des éditeurs, pour bâtir avec eux des solutions communes.

Autre changement pour Cafeyn, le fait d’atteindre une taille critique augmente automatiquement ce que l’on verse aux éditeurs. Je vous rappelle que nous leur reversons 50% de nos recettes, ce qui représente 450 millions pour l’industrie de la presse européenne depuis le début. C’est un montant significatif pour leur modèle économique. Nous allons aussi investir pour attirer de nouveaux journaux, de nouveaux magazines, de nouveaux médias à l’intérieur de Cafeyn. Exemple, nous avons fait entrer le Washington post quelques semaines après le rachat de Readly, et d’autres annonces arriveront dans les prochains mois.

Un groupe comme le Monde refuse d’être présent dans les kiosques numériques. Quels sont vos arguments pour faire venir les éditeurs ?

L.K. J’en vois trois principalement : la rémunération, la transparence de nos contrats, qui permet de protéger les marques et les contenus, et la promesse d’accéder à des audiences différentes. Sur Cafeyn, la moyenne d’âge des utilisateurs est de 42 ans, beaucoup plus jeune que celle des médias traditionnels. Nous apportons aux éditeurs une audience complémentaire, grâce à une nouvelle façon d’accéder à l’information, avec des standards identiques à la musique ou à la vidéo. Nous ne sommes pas en concurrence avec leurs propres lecteurs, déjà convaincus par la marque et la proposition de valeurs, qui s’abonnent en direct. En créant ce modèle d’agrégation de médias de qualité, on arrive à convaincre des citoyens qui n’étaient pas prêts, pour l’instant, à payer pour de l’information.

Combien d’abonnés avez-vous aujourd’hui ?

L.K. Nous ne communiquons pas sur le nombre d’abonnés payants, mais sur le nombre d’utilisateurs, qui est de 2,5 millions de personnes. Car avec la mise en place, en début d’année, de nos trois nouvelles offres (single pour 1 utilisateur, duo pour deux utilisateurs et famille jusqu’à cinq utilisateurs, NDLR), le nombre de souscriptions ne correspond plus au nombre d’utilisateurs. Tout ce que je peux vous dire, c’est que 10% des nouveaux utilisateurs de Cafeyn passent par une offre duo ou famille, et que nous sommes certainement l’un des plus gros portefeuilles d’abonnés payants en Europe, l’équivalent des grands quotidiens nationaux.

En France, le Monde se situe autour des 600 000 abonnés numériques.

L.K. Effectivement, c’est l’ordre de grandeur.

Revenons à Readly. Où en êtes-vous de son intégration dans Cafeyn ?

L.K. D’un point de vue technique, la migration est presque achevée. 97% de leurs 400 000 utilisateurs ont retrouvé leurs identifiants, leur login, leurs favoris, leur historique, ou leurs publications. En revanche, l’intégration humaine reste à faire, cela demandera plus de temps. Désormais, nous sommes présents dans une quinzaine de pays, en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle Zélande.

Quelles sont vos priorités ?

L.K. La priorité, c’est l’Europe. Aux Etats-Unis, cela demanderait de gros moyens. Or, actuellement, nous auto-finançons nos développements. En Europe, nos principaux marchés sont la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, le Royaume Uni, où nous allons annoncer prochainement des partenariats structurants, le Bénélux et l’Italie.

Au-delà des marchés, nous avons des enjeux globaux, comme l’innovation, pour faire entrer de nouveaux médias, de nouveaux formats dans Cafeyn. Nous avons par exemple des réflexions sur l’audio et les podcasts et nous accélérons sur la vidéo avec l’arrivée de RFI, France 24 ou Euronews. L’objectif est de faciliter l’accès aux contenus, quel que soit le support.

Les plateformes de streaming, comme Netflix, proposent désormais des offres à tarif réduit, avec de la publicité. Envisagez-vous d’en proposer ?

L.K. Nous avons été approchés pour plancher sur des modèles publicitaires, mais il nous faut trouver un moyen de travailler avec les éditeurs, sans perdre la valeur de nos abonnés payants. Mais la publicité fait partie de l’expérience de lecture de la presse : c’est pourquoi nous avons commencé à proposer des solutions de mise en valeur des 4èmes de couverture, en les faisant apparaître quelques secondes avant la lecture des magazines. Nous l’avons testé avec la Tribune dimanche et certaines publications de CMI France. Nous avons très précisément étudié le temps pour que cela ne choque pas l’utilisateur, mais qu’il remarque la publicité malgré tout. C’est un exemple de ce que nous voulons mettre en place avec les éditeurs pour ajouter de la valeur à la lecture de la presse.

Autre axe de développement, nous avons créé une nouvelle entité, Cafeyn digital solutions, pour proposer aux éditeurs notre expertise digitale. Nous le faisions déjà avec Milibris, mais on souhaite aller plus loin.

Avec Readly, vous approchez les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. A quel niveau imaginez-vous Cafeyn dans les trois à cinq ans ?

L.K. Actuellement, nous sommes sur une croissance organique à deux chiffres, mais le reste dépend du soutien de l’écosystème des éditeurs et des médias. Plus ils viendront nombreux, plus nous auront des moyens d’investir pour convaincre de nouvelles audiences de payer et s’abonner. Quand on voit que le New York times a dépassé les 12 millions d’abonnés numériques, cela nous laisse de la marge. A trois ou cinq ans, nous pouvons devenir la première base d’abonnés payants à du journalisme en Europe.

Enfin, quelle est votre approche en matière d’IA ?

L.K. Je distingue deux dimensions : d’abord les gains d’efficacité pour l’entreprise elle-même, pour remplacer les tâches répétitives, dans toutes les fonctions, en faisant attention à la plus grosse contrainte : la transformation humaine. Puis une amélioration de l’expérience utilisateurs. L’IA existe depuis longtemps avec les algorithmes, les services de personnalisation, la recommandation. Il faut continuer à progresser dans ce domaine. Mais l’IA peut aussi être utile dans la partie search, pour faire remonter la richesse de nos contenus par mot clé ou recherche sémantique. C’est un axe de développement prometteur, mais il faut trouver le modèle de rémunération pertinent pour les éditeurs.

Propos recueillis par Didier Falcand

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